Limbe d'une feuille de Cannabis sativa, coupe transversale, trichomes cystolithiques (x30)

 

 

Appartenant à la famille des Cannabacées, le chanvre (Cannabis sativa) est une plante herbacée exploitée depuis des millénaires par l'homme pour les fibres de sa tige, et également pour ses substances psychoactives. Ces dernières sont synthétisées par plusieurs types de trichomes (poils) glandulaires (bulbeux, sessiles ou pédonculés) répartis un peu partout sur la plante, mais principalement localisés au niveau des bractées des fleurs femelles (il sera question de ces bractées dans un autre document).

Nous allons en effet nous intéresser ici à la feuille emblématique du cannabis, dont la silhouette est souvent reproduite dans les logos des sociétés ou produits reliées à la culture du chanvre. Porté par un mince pétiole, le limbe de la feuille du chanvre est décrit comme palmatiséquée par les botanistes: il est en effet constitué de plusieurs lobes allongés, généralement terminés en pointe (acuminés) et dont le bord est denté.

Les feuilles de cannabis ne portent pas beaucoup de trichomes glandulaires, mais elles méritent néanmoins notre attention car elles permettent d'observer un autre type de trichome (à rôle défensif), qui est activement recherché par les experts lorsque ces derniers effectuent un examen microscopique de produits susceptibles de contenir du cannabis.

La section transversale d'une feuille de cannabis mise en avant sur cette page a été colorée par la technique de Robin Wacker: les cellules à parois lignifiées sont colorées en rouge/rose par le rouge d'acridine, tandis que les cellules dont la paroi est restée cellulosique sont teintées en bleu ou en vert par le bleu alcian. Un troisième colorant, l'acriflavine, colore quant à lui d'autres éléments en jaune ou orange, comme les cellules à parois subérifiées ou la cuticule.

Notre coupe montre que la feuille du cannabis est relativement mince : son épaisseur est effectivement en moyenne de seulement 150 microns. Sa nature bifaciale est évidente, la face dorsale étant bien différente de la face ventrale. Si l'on rentre un peu plus dans les détails, la section permet de distinguer :

  • Au niveau de la face supérieure, un épiderme composé d'une seule couche de grosses cellules ovoïdes, porteuse d'un mince cuticule et au niveau de laquelle s'ouvrent régulièrement des stomates, avec leurs chambres sous-stomatiques.

  • Sous l'épiderme, un parenchyme assimilateur chlorophyllien palissadique, formé par l'accolement de longues cellules prismatiques riches en chloroplastes (certains ont retenu un peu d'acridine rouge, d'où leur couleur rosâtre).

  • En progressant vers la face inférieure de la feuille, on note que le parenchyme palissadique laisse place à un parenchyme bien plus lâche, au niveau duquel des rangées de cellules constituent des arches délimitant des lacunes : c'est le parenchyme lacunaire, dédié aux échanges gazeux avec l'atmosphère.

  • Si, sur notre coupe, les tissus conducteurs sont uniquement représentés par quelques éléments vasculaires coupés de manière longitudinale, des vues centrées sur la nervure principale et les nervures secondaires permettraient de déterminer leur architecture plus en détail. Celle-ci est classique, avec le xylème en position dorsale et du phloème en position ventrale.

  • Contrairement à l'épiderme supérieur, l'épiderme inférieur est composé d'une file unique de cellules rectangulaires de petite taille. Il est porteur, non seulement de stomates, mais également de nombreux poils (trichomes) d'origine épidermiques. Ceux-ci sont de deux types : poils glandulaires à rôle sécréteur pluricellulaires et poils protecteurs à rôle défensif unicellulaires. La structure de ces derniers est particulièrement bien observable sur la coupe. Ces poils apparaissent clairement dérivés d'une cellule épidermique unique, dont une face s'est développée en crochet (ressemblant à une griffe d'ours). Ces trichomes sont de plus marqués par la présence d'un cystolithe, terme technique désignant un agrégat minéral (ici du carbonate de calcium) mis en place au niveau intracellulaire. Comme nous l'avons dit en introduction, ces trichomes cystolithiques, qui sont principalement rassemblés au niveau de la face inférieure de la feuille, constituent un élément permettant l'identification de manière relativement fiable du cannabis dans des produits suspects issus de saisies, ceci par simple examen microscopique. Ces poils cystolithiques existent chez d'autres cannabacées, comme le houblon (humulus lupulus).

Diagnose sur la coupe : La symétrie bilatérale et le caractère aplati de l'organe examiné sous le microscope signe un limbe foliaire. La dissymétrie du mésophylle (parenchyme palissadique en haut, lacuneux en bas) est un critère de dicotylédone, qui est confirmé par la présence d'un faisceau vasculaire exposé de manière longitudinale. La présence de trichomes glandulaires et de poils cystolithiques protecteurs doit bien entendu être noté.

   

 

Limbe d'une feuille de Cannabis sativa, coupe transversale, nervures principales et secondaires, mésophylle, épiderme à trichomes, Wacker (x1) L'image ci-dessus est annotée Limbe d'une feuille de Cannabis sativa, coupe transversale, trichome sécréteur glandulaire sessile, Wacker (x40) L'image ci-dessus est annotée Pétiole d'une feuille de Cannabis sativa, coupe transversale, Wacker (x4) L'image ci-dessus est annotée

 

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