De la planète rouge à l'origine de la vie

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Joyeux Noël 2003 ! L'image de l'année 2006
[17 décembre 2006] : En parcourant les centaines d'images renvoyées cette année par les nombreuses sondes en activité sur Mars, je me suis demandé quelle était la plus marquante. Je suis revenu sur les plus beaux clichés couleurs de Mars Express, j'ai observé à nouveau les images de Mars Global Surveyor
ayant donné lieu à des découvertes (ou, c'est encore plus souvent le cas, à de nouvelles interrogations !), je me suis replongé dans les somptueux panoramas ramenés par les deux rovers Spirit et Opportunity. Et puis je suis tombé sur cette image acquise par la sonde Mars Reconnaissance Orbiter, et j'ai su que ma recherche venait de s'achever.

C'est une vignette, pixellisée et grisâtre. Une image montrant un cratère d'impact anonyme, de 22 mètres de diamètre et de 3 mètres de profondeur, perdu dans les immenses plaines de la région de Terra Meridiani. Un cratère comme il en existe des milliers d'autres sur Mars. Sauf que celui-ci a reçu en janvier 2004 la visite impromptue d'un robot, Opportunity. Si ce dernier est aujourd'hui à des kilomètres de son site d'atterrissage, il a laissé derrière lui sa plateforme d'amarsissage. C'est cette plateforme que l'on aperçoit parfaitement au centre du cratère (comparez l'image de la plateforme vue depuis l'orbite par Mars Reconnaissance Orbiter à environ 250 kilomètres d'altitude et l'image vue depuis la surface par Opportunity).

A chaque fois que l'homme a le privilège de découvrir pour la première fois une nouvelle parcelle de Mars, une partie de lui est portée par l'espoir d'y déceler des traces de vie. Ne serait-il pas enthousiasmant d'identifier ici des traces fossiles d'une vie bactérienne ? Ne serait-il pas extraordinaire d'apercevoir là bas les vestiges de la présence d'organismes évolués, comme une fougère, une libellule ou un cachalot martien ? Ne serait-il pas merveilleux de discerner, émergeant des sables, les ruines d'un temple antique, ou la carcasse poussiéreuse d'un vaisseau spatial ?

Bien entendu, rien de tout cela n'existe à la surface de Mars. Rien, à l'exception du vaisseau. Car l'image de Mars Reconnaissance Orbiter nous montre précisément cela : un vaisseau spatial abandonné sur la planète rouge, gisant à l'abri des vents au beau milieu d'un cratère d'impact. Les images de vaisseaux spatiaux terrestres photographiées par d'autres vaisseaux spatiaux terrestres comptent parmi les témoignages les plus émouvants de la conquête spatiale. Le vertige qu'inspirent ces images n'est peut-être dépassé en intensité que par les photographies de notre propre planète, prises par ces mêmes sondes.

Mars Reconnaissance Orbiter peut véritablement être qualifiée de satellite espion martien. Équipée d'une caméra surpuissante (HiRise), capable d'atteindre une résolution de 30 centimètres par pixel environ, cette sonde est capable de produire des images à haute résolution et en couleurs tout bonnement stupéfiantes. Si cette caméra va vraisemblablement contribuer de manière significative à la compréhension de la planète Mars, elle va également nous permettre de revoir enfin les émissaires robotiques que l'Homme a envoyé sur la planète rouge depuis les débuts de la conquête spatiale. Mars Reconnaissance Orbiter a ainsi déjà imagé les deux robots Spirit et Opportunity (observé ici sur les bords du cratère Victoria, attention l'image est superbe mais très lourde), ainsi que les deux atterrisseurs Viking (Viking I et Viking II), qui prennent la poussière sur Mars depuis maintenant ... 30 ans. Nul doute que dans le futur, cette sonde nous montrera l'envers du décor d'un atterrissage sur la planète rouge, et parviendra à imager les carcasses métalliques tordues d'un Beagle 2 ou d'un Mars Polar Lander.

L'image de la plateforme d'atterrissage d'Opportunity reposant au fond du petit cratère Eagle célèbre d'abord un accomplissement scientifique. Contrairement à son frère jumeau Spirit, largué vers un site d'atterrissage choisi uniquement d'après des critères morphologiques, Opportunity a été envoyé sur Terra Meridiani sur la base d'indices minéralogiques. Dans ce secteur, la sonde Mars Global Surveyor avait effectivement détecté des traces d'hématite, un oxyde de fer, qui, sur Terre, se dépose souvent en présence d'eau. Opportunity n'a eu qu'à observer les parois du cratère qui l'a accueilli pour confirmer presque immédiatement cette hypothèse. Au contraire, aux antipodes de Mars, le rover Spirit tente encore aujourd'hui inlassablement (certains diraient désespérément) de trouver autre chose que des roches volcaniques basaltiques.

Si l'image d'Opportunity peut donc être vue comme un hommage scientifique, elle représente selon moi d'abord et avant tout un triomphe de la technologie. Effectivement, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, les missions robotiques d'exploration du système solaire sont surtout des chefs d'oeuvres d'ingénierie, devant lesquels les résultats scientifiques font souvent pâle figure. Certes, les retombées sont parfois là, comme l'illustre avec brio l'exemple d'Opportunity. Mais bien souvent, les données scientifiques collectées sont décevantes, quand elles sont comparées aux talents déployés par les ingénieurs pour concevoir une sonde spatiale fonctionnelle, et aux attentes, souvent débridées, des scientifiques.

Ainsi, personne ne contestera le fait que l'atterrissage de la sonde Huygens sur Titan le 14 janvier 2005 constitue un exploit spectaculaire pour l'Europe spatiale. Titan était une cible de choix pour les exobiologistes, qui estiment que cette lune de Saturne est peut-être similaire à notre planète, du moins telle qu'elle était il y a 4 milliards d'années. Cette époque lointaine et reculée pourrait correspondre au moment ou les premières cellules vivantes sont apparues sur Terre. En étant capable d'étudier de près la chimie de Titan, les exobiologistes ne cachaient pas leur espoir de comprendre enfin quelles réactions chimiques avaient pu présider à la fabrication des premières biomolécules sur Terre. Pourtant, malgré un atterrissage impeccable de Huygens à la surface de Titan, les exobiologistes spécialisés en chimie prébiotique n'ont pas avancé d'un pouce.

Autre exemple de l'abîme qui peut exister entre l'exploit technologique et l'avancée scientifique, la sonde Stardust. Lancée le 7 février 1999, cette sonde spatiale est parvenue, grâce à des collecteurs remplis d'aérogel, à recueillir des particules de poussière s'échappant de la comète Wild 2. Après 7 années dans l'espace, Stardust a délivré avec succès son précieux chargement aux scientifiques, en larguant une capsule dans le désert de l'Utah. Sur le site officiel de la NASA, ainsi que dans la presse, Stardust est invariablement présentée comme une mission destinée à dévoiler l'origine du système solaire. Pourtant, quand on regarde les résultats de l'analyse des grains cométaires piégés dans l'aérogel, force est de reconnaître que ces derniers sont décevants. Décevant parce que l'aérogel a été contaminé lors de sa fabrication sur Terre (avant le départ de la sonde), et qu'il ne possède pas la pureté à laquelle il était en droit de prétendre. Décevant également, parce qu'il n'est pas possible de savoir avec une certitude absolue si les grains recueillis proviennent de la comète ou de l'espace interstellaire. Décevant enfin, parce que chaque grain semble différent des autres. Comment, dans ces conditions, connaître ceux qui sont vraiment représentatifs de la comète ? Faut-il faire la moyenne ? Ou considérer que la comète est incroyablement hétérogène à l'échelle du grain ? Et que nous ont appris pour l'instant les analyses de ces particules ? Que la comète contient des minéraux tels que des pyroxènes et des olivines, qu'un brassage a eu lieu dans le disque d'accrétion ayant donné naissance au système solaire et que Wild 2 renferme de la matière organique primitive. En résumé, uniquement des confirmations d'informations connues depuis belle lurette par les astronomes. Bien entendu, les analyses viennent de commencer, et des découvertes majeures se cachent peut-être dans les grains collectés avec succès par Stardust. Mais n'en déplaise à certains, cette mission ne pourra pas à elle seul résoudre les mystères de la formation du système solaire. Pourtant c'est souvent de cette manière qu'elle est présentée.

Dans l'exploration du système solaire, la science peine donc souvent à rattraper les exploits technologiques des ingénieurs. C'est peut-être pour combler ce retard que nous sommes si prompt à spéculer.

Dès sa création il y a maintenant 9 ans, et malgré une absence de mises à jour depuis environ un an, il y a un dossier de ce site qui n'a cessé de battre des records en termes de consultation. Avez-vous deviné de quel dossier je parle ? Celui consacré au visage de Mars. Quel rapport peut-il bien y avoir entre l'image de la plateforme d'Opportunity dans son cratère et le visage de Mars ? Il y en a bel et bien un, et il est particulièrement éloquent.

Depuis qu'un orbiteur Viking a photographié, il y a de cela 30 ans, une colline en forme de visage humain sur Mars, certains individus n'ont jamais cessé de croire à l'existence d'une ancienne civilisation sur la planète rouge. Pendant deux décennies, le visage a tenu occupé des centaines d'ufologues. Si ce dernier a aujourd'hui perdu de sa superbe (la faute aux caméras à haute résolution embarquées sur les sondes martiennes), certains n'ont pas abandonné leur quête, et continuent d'apercevoir sur Mars des formes étranges et mystérieuses, typiquement extraterrestres.

Ce que je trouve magique avec la plateforme d'Opportunity, c'est qu'elle est totalement artificielle, et qu'il est pourtant très difficile, voire impossible, de s'en rendre compte ! La plateforme des rovers n'a effectivement pas grand chose de naturelle quand elle est observée depuis le sol, que ce soit sur Mars ou sur Terre : panneaux triangulaires métalliques, logos de la NASA et du JPL, le tout parcouru par des dizaines et des dizaines de câbles. Pourtant, rien de cette complexité n'apparaît réellement sur l'image de Mars Reconnaissance Orbiter. Car que voit-on vraiment ? Une petite tache claire au milieu du cratère, le bord gauche étant légèrement brillant. Certes, l'objet semble être étranger au cratère, mais sans savoir que c'est une plateforme d'atterrissage sophistiquée ayant déposée un robot de 170 kg venu d'une autre planète, on pourrait tout à fait considérer qu'il s'agit d'un banc rocheux ayant résisté à l'érosion, et exposé en relief au centre du cratère. Malgré la résolution spatiale de la caméra HiRise et le fait que la plateforme ne soit pas encore ensevelie sous la poussière, on ne peut donc reconnaître avec certitude sa nature artificielle. Une belle leçon d'humilité et de prudence non ?

 

Brèves martiennes

Mars Reconnaissance Orbiter

Mars Reconnaissance Orbiter retrouve la vue
[26 août - 18:00] : La NASA peut à nouveau respirer :  son satellite espion en orbite autour de Mars a pleinement récupéré son acuité visuelle, après plusieurs mois d'inquiétude et d'incertitude.

Peu après le démarrage de sa campagne scientifique, les ingénieurs avaient commencé à noter la présence de bruit électronique au niveau de l'un des 14 détecteurs de la super caméra de Mars Reconnaissance Orbiter (HiRise).

Peu après, un deuxième détecteur fut touché par le problème et fin janvier, cinq détecteurs montraient des signes de faiblesse. L'inquiétude de voir le problème se propager à l'ensemble des détecteurs de la caméra avait alors grandi chez les ingénieurs responsables de l'instrument. Le bruit électronique se traduisait par une dégradation de la qualité des images acquises par la caméra HiRise. Si cette altération était encore à un niveau très subtile, les ingénieurs ont estimé que sur le long terme, elle pouvait tout à fait mettre en péril les capacités tant vantées de l'imageur de Mars Reconnaissance Orbiter.

Tout souci semble heureusement désormais écarté. Des tests avaient effectivement montré que le bruit électronique diminuait si la camera subissait un préchauffage avant de faire des prises de vues. En travaillant sur un modèle d'ingénierie, les ingénieurs ont alors réussi à comprendre la nature du problème. Une modification des paramètres de fonctionnement de l'instrument a alors permis de stopper la propagation du bruit électronique, puis de le faire presque totalement disparaître des détecteurs de HiRise. D'après la NASA, cela fait 5 mois que la caméra de Mars Reconnaissance Orbiter fonctionne de manière nominale.

Depuis le début de sa mission scientifique, Mars Reconnaissance Orbiter a renvoyé vers la Terre une quantité proprement astronomique d'informations, battant ainsi le record précédemment détenu par la sonde Mars Global Surveyor entre 1997 et 2006. Des six instruments qui équipent la sonde, l'imageur HiRise se taille la part du lion. HiRise a déjà fourni près de 3000 images haute résolution de la surface martienne, qui constituent d'ores et déjà le jeu de données le plus volumineux jamais collecté par un instrument scientifique sur Mars. L'internaute désireux de s'en mettre plein les mirettes peut découvrir les plus belles images obtenues par cette caméra en se rendant sur ce site dédié.

 

Spirit Spirit s'attaque au record de longévité de Viking 2
[26 août - 18:00] : Non content d'avoir pulvérisé des records de distance en roulant à la surface de Mars, les deux rovers Spirit et Opportunity sont bien partis pour battre également le record de longévité. Le rover Spirit, qui s'est posé sur Mars le 4 janvier 2004, vient en effet de voler à l'atterrisseur Viking 2 le titre convoité de la deuxième sonde ayant fonctionné le plus longtemps à la surface de Mars. Depuis son atterrissage sur Utopia Planitia le 3 septembre 1976, Viking 2 avait en effet survécu un peu moins de 4 années terrestres, avant de rendre l'âme le 12 avril 1980. Viking  occupe donc désormais la troisième place du classement, mais Opportunity ne va pas tarder à lui ravir sa position. Reste à voir si les deux coriaces rovers pourront détrôner le tenant du titre : Viking 1. Après son atterrissage sur Chryse Planitia le 20 juillet 1976, cette sonde a effectivement fonctionné plus de 6 années terrestres à la surface de Mars (elle s'est effectivement éteinte le 11 novembre 1982) !

 

Beagle 2 écrasé par un decepticon !
[26 août - 18:00] : Ce n'est pas une surprise, la véracité scientifique fait rarement bon ménage avec le spectaculaire. Si Mars possède un pouvoir d'attraction qui ne s'est jamais démenti, les films qui lui sont consacrés sont particulièrement indigents pour tout ce qui touche à l'exactitude scientifique ou technique. Il n'y a qu'à visionner Planète Rouge, ou Mission de Mars de Brian de Palma pour s'en convaincre.

Mais quoi de plus normal, pourriez-vous me rétorquer ? Sur des films qui s'étalent sur une heure trente voire deux heures, il est admissible d'y trouver quelques incohérences, sans compter que ces dernières peuvent être volontaires, et répondre à une contrainte esthétique ou scénaristiques. Si l'on adhère à cette conception, on pourrait alors être en droit d'attendre un sans faute quand Mars n'occupe qu'une seule scène n'est ce pas ?

Hé bien non :) Il y a quelques jours, je me suis rendu avec délice dans une salle obscure pour aller voir le blockbuster de l'été, Transformers. Ayant pénétré dans le cinéma sans a priori, j'avoue avoir passé un bon moment. Les effets spéciaux sont proprement hallucinant, l'humour jalonne le film (mention spéciale à Shia LaBeouf qui joue particulièrement bien), les formes viriles et métallique des robots contrastent avec bonheur avec les courbes autrement plus douces de Megan Fox, la bande son (signée Steve Jablonsky) est sublime pour qui est fan de Hans Zimmer, et on trouve enfin nombre de scènes d'action détonantes (mais que demander d'autre à Michael Bay ?).

Mais malgré tout cela, le robot le plus fascinant du film n'est à mon avis pas Optimus Prime, mais une machine bien réelle, qui est à l'action sur Mars à l'heure ou j'écris ces lignes. Transformers nous gratifie effectivement de quelques secondes ou l'on peut admirer le mat panoramique, les panneaux solaires, les roues et le bras robotique de l'un des deux rovers Spirit et Opportunity. A peine le robot a-t-il fait ses premiers tours de roue qu'il se fait fracasser par un decepticon ! Commentant la vidéo devant un John Voight médusé, un responsable d'une cellule secrète, baptisée section 7, conclu d'une voix froide et sinistre: "il y avait sur Mars plus que des roches !".

La scène dure en tout et pour tout 30 secondes. Avec un laps de temps aussi court, impossible d'y commettre une bourde n'est ce pas ? Détrompez vous ! Car dès la première seconde, les scénaristes se trompent sur l'identité de la sonde ! Cette dernière est présentée non pas comme étant Spirit ou Opportunity, mais comme ... Beagle 2 ! Certes, l'échec de cette capsule britannique n'est pas passé inaperçu, mais de là à confondre les deux ! Rappelons qu'il y avait une rivalité palpable entre les équipes américaines de la NASA responsables des rovers Spirit et Opportunity, et les équipes européennes de Beagle 2 (conduites à l'époque par l'excentrique Colin Pillinger). Les engins ayant atterri pratiquement en même temps, l'échec cuisant de Beagle 2 a de plus contrasté lourdement avec le succès phénoménal des rovers américains. De plus, si l'on pousse plus les l'analyse, le fait que le robot martien de Transformers ait émis des données pendant 13 secondes (sic) rappelle immanquablement le destin de la sonde russe Mars 3 ! Le robot martien est donc lui aussi en quelques sorte un Transformer, mi-Spirit, mi-Beagle 2, mi Mars 3. Amusant clin d'oeil certes, s'il avait été volontaire. Mais comme il est présenté, il apparaît plus comme le résultat d'une paresse documentaire, qui lamine la véracité historique et scientifique. Dans un film ou les robots jouent un si grand rôle, il est finalement fort dommage que le génie des hommes qui travaillent jour et nuit, et pour de vrai, sur ces fascinantes machines, soit ainsi dénaturé. Hollywood reste Hollywood, je suppose.

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26 août 2007
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