La variété Andromède

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La variété Andromède
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Note : 4 etoiles
Auteur :
Michael Crichton
Editeur
: Pocket
Parution : Mai 2001
Epaisseur : 286 pages

La variété Andromède n'est pas un roman de science-fiction qui parle de Mars. En fait, si la planète rouge y est citée, c'est tout à la fin, dans les dernières lignes de l'épilogue. Et pourtant, ce classique, publié en 1969, l'année des premiers pas de l'homme sur la Lune, possède un lien très fort avec l'exploration spatiale, et en particulier la caractérisation du potentiel biologique de la planète rouge. Car la variété Andromède aborde une problématique centrale du domaine peu connu de la Protection Planétaire, et tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin à cette discipline fascinante ne peuvent pas ne pas avoir lu l'audacieux travail de fiction de Michael Crichton.

Auteur de nombreux romans de science-fiction, dont beaucoup ont été portés à l'écran, le petit ou le grand, pour devenir des blockbusters, Michael Crichton a toujours été un auteur bien particulier. Explorateur et voyageur intrépide (son autobiographie est à ce sujet éloquente), il n'a cessé, durant toute sa carrière d'écrivain, de s'intéresser aux fantasmes et aux peurs profondes qui entourent, et continuent d'entourer, toutes les découvertes scientifiques qui caractérisent notre époque et notre société : cybernétique (avec l'Homme Terminal), manipulations génétiques (Jurassic Park, et l'effrayant Next), réchauffement climatique (Etat d'urgence), nanotechnologies (La Proie), voyage dans le temps (Prisonniers du temps) et enfin, last but not least, rencontre avec une entité extraterrestre (la variété Andromède, Sphère).

La variété Andromède raconte la course contre la montre que vont mener cinq savants de très haut niveau, après l'écrasement involontaire d'une bio-capsule de classe Scoop dans une petite ville anonyme de l'état d'Arizona, Piedmont. Programme militaire ultra-secret, Scoop consiste à envoyer dans l'espace des cultures bactériennes et virales, non seulement pour tester leur résistance, mais également pour récupérer des organismes mutés qui pourraient se révéler très précieux comme arme biologique. Des militaires, dépêchées sur place pour tenter de récupérer le plus discrètement possible l'engin, découvrent bientôt avec effroi que la totalité des habitants de Piedmont ont été décimés par quelque chose d'inconnu, qui s'est échappée de la capsule ...

Dès qu'ils ont commencé à étudier les astres du système solaire, les scientifiques se sont inquiétés des risques de contamination. Il ne faisait aucun doute que certains micro-organismes semblaient capables de résister à des milieux très hostiles, et pouvaient très bien jouer les passagers clandestins sur une sonde spatiale, pour aller ensuite se développer à la surface d'une autre planète, pour peu qu'on leur en donne l'occasion. Si une telle contamination se produisait, au mieux, les expériences de détection de vie risquaient d'être compromises par la présence de bactéries terrestres. Au pire, les germes terrestres se mettaient à entrer en compétition avec d'éventuelles formes de vie étrangères, pour aboutir à une hécatombe désastreuse. La problématique se posait également dans l'autre sens, au cours de missions de retour d'échantillon, ou au moment de l'atterrissage sur Terre d'équipages d'astronautes ayant séjourné sur un corps étranger. Que se passerait-il si nous ramenions par mégarde une souche extraterrestre sur notre belle planète ?

La variété Andromède décrit avec une précision froide et clinique ce qui pourrait arriver si une forme de vie extraterrestre, basée sur une biochimie et un métabolisme totalement inconnu, était accidentellement ramenée sur Terre, et commençait à proliférer. Tout au long des chapitres, l'ouvrage ne cesse de poser de nombreuses questions originales, ce qui en fait un texte de référence pour tous ceux que l'interaction d'une entité extraterrestre avec les organismes terrestres intriguent ou empêchent de dormir. S'il y a bien une chose que l'on ne pourra pas reprocher à Crichton, c'est l'immense travail de documentation qu'il a réalisé pour pouvoir écrire son roman. L'ouvrage semble d'ailleurs par moment visionnaire, et il est bel et bien possible que certains aspects soient prophétiques.

Il ne fait pas de doute que la variété Andromède puisse être difficile à lire pour certaines personnes. Comme pour nombre de ses romans, Michael Crichton n'accorde guère d'importance aux personnages (même si la sélection de l'équipe est explicitée en détail, comme c'est aussi le cas dans Sphère). Ceux-ci sont souvent transparents, et ne sont généralement là que pour rapporter le déroulement des faits. Ce sont surtout ces derniers qui intéressent l'auteur. Dans la variété Andromède, qui est l'un de ses tout premiers romans, Crichton accorde une importance sans doute extrême à la problématique qu'il traite, et les descriptions sont donc légions. Ainsi, à de nombreuses reprises, le livre tire plus vers l'essai de vulgarisation scientifique que vers le récit proprement dit. Reste que Michael Crichton a toujours été un excellent vulgarisateur (voir par exemple la façon dont le concept d'espace-temps est présenté dans Sphère), et c'est d'ailleurs l'un des points les plus intéressants de son oeuvre.

Dans la variété Andromède, les instruments et techniques utilisés pour disséquer la souche sont donc détaillées avec le plus grand soin, et il ne faudra pas être étonné de trouver des pages entières sur le fonctionnement d'un microscope électronique, ou d'un diffractomètre à rayons X (il est regrettable que des soucis de traduction viennent parfois ternir certaines explications). De la même façon, les procédures mises en place par le gouvernement américain pour faire face à une invasion extraterrestre sont décrites dans le détail, tout comme l'architecture du centre secret, enterré sous le désert du Nevada, au sein duquel l'action va presque entièrement se dérouler (un aspect qui sera aussi très présent dans la Proie, paru en 2002). Sur ce sujet, Michael Crichton s'est vraisemblablement inspiré du Lunar Receiving Laboratory (LRL) construit par la NASA pour recevoir les échantillons lunaires prélevés par les astronautes des missions Apollo.

L'ouvrage se caractérise également par un niveau de réalisme surprenant, et il est parfois difficile de savoir si les savants et scientifiques cités ont réellement existé, où ne sont que pure fiction. Michael Crichton étant médecin de formation, il offre au lecteur des descriptions fascinantes de nombreux mécanismes physiologiques touchant le corps humain. Enfin, son attrait pour l'informatique est évident, et le roman est rempli de schémas, diagrammes, tableaux et capture d'écrans provenant des ordinateurs du laboratoire top secret de quarantaine. Aujourd'hui, toutes ces allusions à l'informatique sont désuètes et peuvent amuser (d'autant que certaines machines et appareillages proposés n'ont toujours pas vu le jour, heureusement pour nous !), mais à l'époque, en 1969, ou les ordinateurs personnels et Internet n'existaient pas encore, nul doute que le texte a du fortement impressionner les lecteurs.

La technicité du texte, l'incroyable quantité de détails, les nombreuses réflexions scientifiques sur des questions inhabituelles (le système immunitaire d'un homme pourrait-il faire face à une menace extraterrestre dont il ne saurait rien ?) ou des considérations inquiètes qui semblent tout droit sorties du cerveau d'un fou ou d'un paranoïaque (comment stériliser un être par nature aussi sale qu'un homme ? Quels niveaux de stérilisation faut-il atteindre dans un laboratoire de sécurité maximale ? La matière vivante pourrait-elle être utilisée par une civilisation extraterrestre comme moyen de communication ?), tout cela rend le roman aride. Il ne fait aucun doute qu'un lecteur n'ayant que peu d'intérêt pour les questions techniques ou scientifiques puisse être rebuté par un tel document. A l'inverse, pour une personne passionnée par l'instrumentation scientifique, la microbiologie ou les questionnements philosophiques, le roman est absolument jubilatoire.

L'originalité du sujet traité explique que la variété Andromède ait fait l'objet de deux adaptations, l'une sur le grand écran, en 1971 (Le mystère Andromède), et la seconde en 2008, l'année de la mort de Michael Crichton, sous la forme d'un téléfilm. Aucune des deux ne vaut le livre, mais il est toujours possible de s'y reporter pour découvrir l'histoire.

Roman difficile d'accès, à cause du niveau technique et du manque global d'action (même si le suspens est bien présent), la variété Andromède continue, presque plus de cinquante années après sa parution, à être profondément troublant, à cause des questions vertigineuses qu'il pose, quant aux interactions possibles entre la biosphère terrestre, et une entité étrangère et microbienne, venue des confins glacés du Cosmos. On comprend donc que ce roman continue d'être une source tout à fait sérieuse de réflexion pour les gens qui travaillent, au sein des différentes agences spatiales terrestres, dans le secteur de la Protection Planétaire.

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