Seul sur Mars

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Seul sur Mars
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Note : 1 etoiles
Auteur :
Andy Weir
Editeur
: Bragelonne
Parution : Septembre 1014
Epaisseur : 408 pages

La première chose qui vient à l'esprit, lorsque l'on referme la dernière page de "Seul sur Mars", c'est de savoir si ce que l'on vient de lire avec difficulté peut réellement s'appeler un roman.

Car, et il semble important de l'évoquer de suite, le bouquin se situe à des années lumières, en terme de qualité d'écriture, de richesse scénaristique, de justesse des personnages, de livres tels que Voyage de Stephen Baxter ou l'envol de Mars de Greg Bear, pour ne pas citer la monumentale trilogie martienne de Kim Stanley Robinson.

Seul sur Mars ressemble à ces objets littéraires que l'on rencontre de plus en plus couramment, qui semblent avoir été écrits dans une sorte d'urgence brouillonne, et qui paradoxalement, se retrouvent adaptés en fanfare sur le grand écran, de façon plus ou moins heureuse. Qu'un texte aussi indigent soit parvenu à soulever une vague d'intérêt généralisée au point de se voir adapter à l'écran laisse songeur.

Le livre est le fruit du travail d'un programmeur informaticien, passionné par Mars, et animé d'un penchant pour l'écriture de textes de science-fiction, Andy Weir. L'histoire décrite dans le roman, celle d'un astronaute laissé pour mort sur la planète rouge par son équipage, a en fait commencé sur la forme d'un blog. Semaine après semaine, les lecteurs pouvaient découvrir les nouveaux défis auxquels Mark Watney était bien malgré lui confronté dans son immense solitude martienne. Un grand nombre d'internautes se mirent à désirer une édition électronique, qui donna ensuite naissance à un ebook Kindle, vendu sur Amazon au prix plancher de 0,99 $. Après quelques mois, l'ouvrage finit par se retrouver en tête des ventes, ce qui attira l'attention d'un éditeur. A peine sortie, la version papier occupe bientôt une place confortable dans la liste du New York Times, à tel point qu'une adaptation cinématographique est mise en branle, avec, tenez-vous bien, Ridley Scott comme réalisateur. Une success-story à l'américaine, qui donne furieusement envie de se jeter sur le roman en question.

Hélas, dès les premières pages, il faut se rendre à l'évidence. Le livre a effectivement autant de présence que ces récits par épisode publiés sur quantité de blog d'écrivains amateurs. D'ailleurs, il est structuré comme un journal de bord, ou le héros consigne jour après jour ses réflexions et impressions. Certes, la situation dans laquelle est plongé Mark Watney est pour le moins intrigante, si l'on accepte l'idée scénaristique de départ, selon laquelle une expédition de la NASA pourrait oublier l'un de ses membres lors d'un départ en urgence. Mélange de Mac Gyver et de Robinson Crusoé, l'infortuné astronaute va tenter de survivre dans l'un des environnements les plus hostiles du système solaire, avec à l'horizon l'espoir fou et insensé d'être récupéré par une mission de sauvetage. Il est clair que l'auteur, Andy Weir, n'a pas ménagé ses efforts de documentation pour rendre son récit le plus plausible possible : mécanique céleste, fonctionnement des systèmes de support de vie, histoire de l'exploration martienne et de la conquête spatiale, le texte fourmille de nombreux détails.

Le souci, c'est que chapitre après chapitre, l'ensemble finit plus par ressembler au bilan d'un expert-comptable tétanisé par l'exactitude, qu'à un véritable roman. Certains chapitres laissent penser qu'il y a sur les pages plus de nombres que de lettres. Le lecteur est littéralement assommé par des tonnes et des tonnes de considérations chiffrées. Ça commence avec une histoire de patates, avec le volume de terre nécessaire à leur culture, le nombre qu'il faudra produire pour survivre, la quantité d'eau avec laquelle il faudra les arroser, et à partir de là, ça continue ainsi pour chaque sujet. Inventaire des panneaux solaires à fixer sur un rover pour une petite excursion, diamètre de différents tuyaux et réflexions géométriques nécessaires à une jonction, voltage indispensable pour faire fonctionner une perceuse, puissance délivrée par un générateur radio-isotopique pour réchauffer de l'air sortant d'un oxygénateur, nombre de joules obligatoire pour prendre un bain bien chaud, etc. Une liste sans fin de détails, une planification interminable avant chaque action, qui donnent certes une impression concrète d'authenticité, mais qui semble être aussi le fruit d'un esprit obsessionnel qui ne trouve plus la pédale de freinage (et l'on sait combien les informaticiens sont souvent des gens obsessionnels). Andy Weir ayant manifestement oublié de s'inscrire à des ateliers d'écriture créative, l'ennui pointe très vite le bout de son nez, car rien dans la prose ne vient aider le lecteur à supporter cette avalanches de faits. Pour ce qui est de la description d'une mission habitée sur Mars, autant lire Cap sur Mars de Robert Zubrin.

Parfois, derrière les chiffres et les descriptions sèches, on parvient à un passage un peu plus poétique, ou à des dialogues fades et enfantins, mais qui apparaissent alors comme une bouffée d'air pur. Le héros, malgré sa situation périlleuse, n'a pas non plus perdu son sens de l'humour, et n'est donc pas avare en remarques sarcastiques ou commentaires désobligeants à l'égard de la NASA, même si parfois la situation tourne au grotesque. Nul place ici pour les brumes du désespoir, les tourments existentiels ou l'acceptation contemplative. Mark Watney ne semble pas être pourvu de la moindre émotion : c'est un robot qui calcule, anticipe, et implémente.

Il est à noter que l'immense importance accordée aux détails techniques n'évite pas les incohérences, bien au contraire. Dès que l'on creuse un peu, ces dernières finissent par apparaître, parfois de façon flagrante. On regrettera aussi le peu d'importance accordée à la planète rouge elle-même. Certes, Mark Watney ne pense d'abord et avant tout qu'à sa survie, parfois de minute en minute, mais le potentiel de découvertes, géologiques, climatologiques, même anecdotiques, qu'il aurait pu réaliser durant son périple est tout simplement ignoré.

Vous l'aurez compris, le scénario de Seul sur Mars tient sur un post-it, les personnages sont transparents, et surtout, l'ambiance, l'atmosphère si particulière, angoissante, qui aurait pu être mise en place disparaît totalement sous l'énumération continuelle des chiffres. Le roman décrit tout, dit tout, mais ne donne rien à voir. Il est clair que cette longue description de 400 pages ne pourra pas être portée en images en l'état, et Ridley Scott va sans doute devoir accomplir un énorme travail de réécriture pour avoir quelque chose de présentable à l'écran. C'est sans doute là l'unique véritable intérêt de Seul sur Mars. Celui d'avoir attiré l'attention d'un réalisateur de talent, même si son dernier long métrage dans le domaine de la science-fiction, Prometheus, n'a pas été à la hauteur des attentes, certes démesurées, des fans d'Alien et de Blade Runner. Reste que le risque de voir Scott se compromettre dans un film populaire structuré uniquement sur une débauche d'effets spéciaux et de scènes d'action n'est pas nul.

Rendez-vous donc fin octobre 2015 pour découvrir Matt Damon en combinaison spatiale empêtré dans un sas en train de se dégonfler ! D'ici là, si vous voulez de la vraie science-fiction martienne, vous avez bien d'autres choix.

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