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Plus de 25 000 images de la
planète Mars, patiemment collectées par la sonde Mars
Global Surveyor, sont désormais consultables sur Internet. C'est la
première fois dans l'histoire de l'exploration du Système Solaire qu'une telle
quantité d'images est mise en une seule étape à la disposition des
scientifiques et du public.
Ce fabuleux catalogue est accessible sur le site web1
du Malin Space Science System, le
laboratoire qui a conçu le système d'imagerie de Mars Global Surveyor. Les
images sont l'œuvre de deux caméras
embarquées sur l'orbiteur américain.
La première est une caméra petit angulaire noir et blanc capable d'obtenir des
vues à haute résolution de très petites portions de la surface martienne. A
cause du volume important que ces images représentent, la caméra ne peut pas
enregistrer des données de façon continue. A la suite d'une procédure longue
et pénible, les contrôleurs planifient scrupuleusement les observations et
indiquent à la sonde les régions qui doivent être photographiées.
Le deuxième instrument est une caméra grand angle (dotée d'un canal rouge et
d'un canal bleu) qui fournit des vues globales de la planète Mars. Ces images
sont utilisées pour suivre l'évolution de certains phénomènes de surface,
comme des dépôts de givre ou l'érosion éolienne. Quotidiennement, une carte
météorologique similaire à celle des bulletins télévisés terrestres est
assemblée à partir de ces clichés. Les images de la caméra grand angle
permettent aussi de replacer dans leur contexte les images à haute résolution.
L'album souvenir de Mars Global Surveyor comporte trois sections. La première
rassemble les vues détaillées de la surface martienne, la résolution
permettant bien souvent de distinguer des objets aussi petits qu'un bus
d'écolier. Le choix de l'image s'effectue sur un planisphère martien découpé
pour l'occasion en 30 régions. Une fois la région sélectionnée, une nouvelle
carte plus détaillée s'affiche à l'écran, sur laquelle les zones
photographiées par Mars Global Surveyor apparaissent sous la forme de points ou
de bandes vertes.
Un dernier clic sur une zone jugée digne d'intérêt, et l'image de Mars Global
Surveyor est enfin disponible, plusieurs options étant proposées pour son
affichage. Les internautes équipés d'une connexion à faible débit choisiront
préférentiellement une image de faible qualité, donc d'une taille peu
importante. Ceux disposant d'un accès rapide pourront profiter d'une version
plus lourde mais d'une qualité légèrement supérieure. Enfin, comble du
raffinement, les passionnées de la retouche d'image peuvent télécharger
l'image brute initiale, à eux ensuite de la traiter pour en faire ressortir le
maximum d'informations. Chaque image est accompagnée d'une carte d'identité
qui indique, entre autres choses, l'heure de la prise de vue ou les coordonnées
géographiques du cliché. Les deux sections suivantes sont consacrées aux
images grand angle et se révèlent bien plus décevantes que la précédente.
La consultation est moins pratique et les clichés ne sont pas assemblés, le
collage des différents morceaux étant à la charge de l'internaute.
L'opération, fastidieuse, n'est pas à la portée de tout le monde.
Ce désagrément vient rappeler que cette impressionnante galerie, ouverte sans
restriction au public, est d'abord et avant tout destinée à des scientifiques.
Les images ne sont effectivement accompagnées d'aucune légende ou notice
explicative. Seul une image contextuelle (généralement acquise par la caméra
grand angle de Mars Global Surveyor) donne une petite idée de la bande de
terrain que l'on est en train d'admirer. Une lacune qui peut facilement gâcher
le plaisir d'un non-spécialiste, l'interprétation de certaines formations
n'étant pas un exercice évident.
Les images de cette collection dévoilent effectivement une planète bien plus
étrange et énigmatique que prévue. Les scientifiques reconnaissent sans mal
que l'interprétation des clichés est très difficile, même si un certain
nombre d'indices précieux ont déjà été relevés à partir d'autres images.
Les géologues ont par exemple noté une stratification qui semble concerner la
totalité de la planète rouge. On découvre avec stupéfaction des empilements
de couches géologiques dans les parois des canyons, au sein des cratères
d'impacts, sur les régions polaires ou encore au sommet des volcans.
Partout où le sous-sol a été exposé à l'air libre par le biais de tel ou
tel phénomène, une stratification apparaît.
Regarder Mars à travers l'œil électronique surpuissant de Mars Global
Surveyor est une expérience d'humilité. De nombreuses surfaces n'ont aucune
contrepartie terrestre et l'expérience géologique acquise avec notre planète
atteint ici ses limites.
A de nombreuses reprises, le plancher du canyon de Valles
Marineris est par exemple obstrué par d'étranges séries de crêtes.
L'ensemble évoque un champ dunaire, mais la comparaison s'arrête là : les
crêtes sont trop rapprochées les unes des autres, les arêtes trop effilées
et les pentes trop symétriques pour correspondre à des dunes. Sur Terre, l'eau
a été le principal facteur d'érosion, même dans les régions aujourd'hui
désertiques. Ici, une force d'une nature inconnue, spécifiquement martienne, a
sculpté et façonné ces reliefs mystérieux, sans que l'on puisse aujourd'hui
préciser sa véritable nature.
Les 25 000 images mises en ligne représentent le butin d'une année martienne
d'observations scientifiques (soit 687 jours terrestres). Les premiers clichés
datent du mois de septembre 1997, époque à laquelle Mars Global Surveyor
était encore en phase d'aerofreinage. Les
dernières images de cette véritable mine d'or ont été obtenues au mois
d'août 1999, à une époque où la cartographie de la planète était déjà
bien entamée. 1
http://www.msss.com/moc_gallery/index.html
Cet article a été publié
pour la première fois sur le site Geoman.Net.
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