Archives des brèves martiennes

Année 2007

Mars Reconnaissance Orbiter

Mars Reconnaissance Orbiter retrouve la vue
[26 août - 18:00] : La NASA peut à nouveau respirer :  son satellite espion en orbite autour de Mars a pleinement récupéré son acuité visuelle, après plusieurs mois d'inquiétude et d'incertitude.

Peu après le démarrage de sa campagne scientifique, les ingénieurs avaient commencé à noter la présence de bruit électronique au niveau de l'un des 14 détecteurs de la super caméra de Mars Reconnaissance Orbiter (HiRise).

Peu après, un deuxième détecteur fut touché par le problème et fin janvier, cinq détecteurs montraient des signes de faiblesse. L'inquiétude de voir le problème se propager à l'ensemble des détecteurs de la caméra avait alors grandi chez les ingénieurs responsables de l'instrument. Le bruit électronique se traduisait par une dégradation de la qualité des images acquises par la caméra HiRise. Si cette altération était encore à un niveau très subtile, les ingénieurs ont estimé que sur le long terme, elle pouvait tout à fait mettre en péril les capacités tant vantées de l'imageur de Mars Reconnaissance Orbiter.

Tout souci semble heureusement désormais écarté. Des tests avaient effectivement montré que le bruit électronique diminuait si la camera subissait un préchauffage avant de faire des prises de vues. En travaillant sur un modèle d'ingénierie, les ingénieurs ont alors réussi à comprendre la nature du problème. Une modification des paramètres de fonctionnement de l'instrument a alors permis de stopper la propagation du bruit électronique, puis de le faire presque totalement disparaître des détecteurs de HiRise. D'après la NASA, cela fait 5 mois que la caméra de Mars Reconnaissance Orbiter fonctionne de manière nominale.

Depuis le début de sa mission scientifique, Mars Reconnaissance Orbiter a renvoyé vers la Terre une quantité proprement astronomique d'informations, battant ainsi le record précédemment détenu par la sonde Mars Global Surveyor entre 1997 et 2006. Des six instruments qui équipent la sonde, l'imageur HiRise se taille la part du lion. HiRise a déjà fourni près de 3000 images haute résolution de la surface martienne, qui constituent d'ores et déjà le jeu de données le plus volumineux jamais collecté par un instrument scientifique sur Mars. L'internaute désireux de s'en mettre plein les mirettes peut découvrir les plus belles images obtenues par cette caméra en se rendant sur ce site dédié.

 

Spirit Spirit s'attaque au record de longévité de Viking 2
[26 août - 18:00] : Non content d'avoir pulvérisé des records de distance en roulant à la surface de Mars, les deux rovers Spirit et Opportunity sont bien partis pour battre également le record de longévité. Le rover Spirit, qui s'est posé sur Mars le 4 janvier 2004, vient en effet de voler à l'atterrisseur Viking 2 le titre convoité de la deuxième sonde ayant fonctionné le plus longtemps à la surface de Mars. Depuis son atterrissage sur Utopia Planitia le 3 septembre 1976, Viking 2 avait en effet survécu un peu moins de 4 années terrestres, avant de rendre l'âme le 12 avril 1980. Viking  occupe donc désormais la troisième place du classement, mais Opportunity ne va pas tarder à lui ravir sa position. Reste à voir si les deux coriaces rovers pourront détrôner le tenant du titre : Viking 1. Après son atterrissage sur Chryse Planitia le 20 juillet 1976, cette sonde a effectivement fonctionné plus de 6 années terrestres à la surface de Mars (elle s'est effectivement éteinte le 11 novembre 1982) !

 

Beagle 2 écrasé par un decepticon !
[26 août - 18:00] : Ce n'est pas une surprise, la véracité scientifique fait rarement bon ménage avec le spectaculaire. Si Mars possède un pouvoir d'attraction qui ne s'est jamais démenti, les films qui lui sont consacrés sont particulièrement indigents pour tout ce qui touche à l'exactitude scientifique ou technique. Il n'y a qu'à visionner Planète Rouge, ou Mission de Mars de Brian de Palma pour s'en convaincre.

Mais quoi de plus normal, pourriez-vous me rétorquer ? Sur des films qui s'étalent sur une heure trente voire deux heures, il est admissible d'y trouver quelques incohérences, sans compter que ces dernières peuvent être volontaires, et répondre à une contrainte esthétique ou scénaristiques. Si l'on adhère à cette conception, on pourrait alors être en droit d'attendre un sans faute quand Mars n'occupe qu'une seule scène n'est ce pas ?

Hé bien non :) Il y a quelques jours, je me suis rendu avec délice dans une salle obscure pour aller voir le blockbuster de l'été, Transformers. Ayant pénétré dans le cinéma sans a priori, j'avoue avoir passé un bon moment. Les effets spéciaux sont proprement hallucinant, l'humour jalonne le film (mention spéciale à Shia LaBeouf qui joue particulièrement bien), les formes viriles et métallique des robots contrastent avec bonheur avec les courbes autrement plus douces de Megan Fox, la bande son (signée Steve Jablonsky) est sublime pour qui est fan de Hans Zimmer, et on trouve enfin nombre de scènes d'action détonantes (mais que demander d'autre à Michael Bay ?).

Mais malgré tout cela, le robot le plus fascinant du film n'est à mon avis pas Optimus Prime, mais une machine bien réelle, qui est à l'action sur Mars à l'heure ou j'écris ces lignes. Transformers nous gratifie effectivement de quelques secondes ou l'on peut admirer le mat panoramique, les panneaux solaires, les roues et le bras robotique de l'un des deux rovers Spirit et Opportunity. A peine le robot a-t-il fait ses premiers tours de roue qu'il se fait fracasser par un decepticon ! Commentant la vidéo devant un John Voight médusé, un responsable d'une cellule secrète, baptisée section 7, conclu d'une voix froide et sinistre: "il y avait sur Mars plus que des roches !".

La scène dure en tout et pour tout 30 secondes. Avec un laps de temps aussi court, impossible d'y commettre une bourde n'est ce pas ? Détrompez vous ! Car dès la première seconde, les scénaristes se trompent sur l'identité de la sonde ! Cette dernière est présentée non pas comme étant Spirit ou Opportunity, mais comme ... Beagle 2 ! Certes, l'échec de cette capsule britannique n'est pas passé inaperçu, mais de là à confondre les deux ! Rappelons qu'il y avait une rivalité palpable entre les équipes américaines de la NASA responsables des rovers Spirit et Opportunity, et les équipes européennes de Beagle 2 (conduites à l'époque par l'excentrique Colin Pillinger). Les engins ayant atterri pratiquement en même temps, l'échec cuisant de Beagle 2 a de plus contrasté lourdement avec le succès phénoménal des rovers américains. De plus, si l'on pousse plus les l'analyse, le fait que le robot martien de Transformers ait émis des données pendant 13 secondes (sic) rappelle immanquablement le destin de la sonde russe Mars 3 ! Le robot martien est donc lui aussi en quelques sorte un Transformer, mi-Spirit, mi-Beagle 2, mi Mars 3. Amusant clin d'oeil certes, s'il avait été volontaire. Mais comme il est présenté, il apparaît plus comme le résultat d'une paresse documentaire, qui lamine la véracité historique et scientifique. Dans un film ou les robots jouent un si grand rôle, il est finalement fort dommage que le génie des hommes qui travaillent jour et nuit, et pour de vrai, sur ces fascinantes machines, soit ainsi dénaturé. Hollywood reste Hollywood, je suppose.

 

Vie sur Mars

Viking forever
[10 janvier - 20:00] : Parce qu'elles ont été les premières à se poser sur Mars, et qu'elles demeurent encore aujourd'hui les seules sondes spatiales à avoir jamais recherché activement de la vie à la surface d'une autre planète que la Terre, les sondes Viking font en quelque sorte partie de l'inconscient collectif.

Véritable merveilles de technologie, les deux atterrisseurs Viking étaient porteurs des espoirs les plus fous de l'humanité. Le choc a donc été très rude pour la communauté des exobiologistes quand les laboratoires biologiques ont transmis leurs données à la Terre, peu après l'atterrissage des deux engins américains en 1976. D'abord surpris par les étranges résultats fournis par les instruments, les scientifiques ont du peu à peu se rendre à l'évidence : le sol poussiéreux de Mars est stérile, totalement stérile. Après Viking, il faudra attendre plus de 15 ans avant que la NASA ne se décide à renvoyer une sonde (Mars Observer) vers la planète rouge. Y a-t-il un lien entre ce désintéressement de Mars et les résultats négatifs des sondes Viking ? Nul ne peut l'affirmer avec certitude, mais l'impact psychologique de l'échec des atterrisseurs à dénicher, sur le sol de Mars, la plus petite trace d'activité biologique, ne peut être ignoré.

Certains n'ont d'ailleurs jamais accepté cette triste conclusion. Si la majorité des scientifiques confirment à l'unisson l'absence de vie sur les sites d'atterrissage de Chryse Planitia et d'Utopia Planitia, les conclusions de la NASA n'ont pas fait l'unanimité. Depuis plus de 30 ans, un scientifique, Gilbert Levin, estime que son instrument (embarqué sur Viking), le Labeled Release, a bel et bien détecté de la vie sur Mars. Si certains de ces arguments sont tout à fait pertinents, Gilbert Levin n'a jamais pu faire accepter ses vues. Et pour cause. Un autre instrument (GC-MS), faisant partie intégrante du laboratoire biologique des Viking, a effectivement renvoyé des données surprenantes. Destiné à rechercher dans le sol martien des traces de molécules organiques (qui rentrent dans la composition de tous les êtres vivants terrestres), le GC-MS n'est pas parvenu à détecter la moindre molécule carbonée ! L'absence de molécules organiques dans le sol martien a constitué "la balle de match", pour reprendre les termes de Gerald Soffen (dont le site d'atterrissage de Viking 2 a été nommé en son honneur) : pas de molécules organiques sur Mars, pas de vie sur Mars. Une conclusion difficilement contestable, à moins bien sur que le GC-MS n'ait pas été assez sensible, voire même qu'il n'ait pas fonctionné du tout ...

Des travaux récents effectués sur le sol du désert de l'Atacama, l'une des régions les plus arides de notre planète (donc, de ce point de vue, très semblable à Mars), semble néanmoins confirmer les hypothèses de la NASA : les réactions observés dans les chambres de culture des atterrisseurs Viking n'étaient pas dues à la présence de microorganismes, mais ont été provoquées par le sol martien, très actif d'un point de vue chimique. Injectés dans une réplique des laboratoires Viking, des échantillons de sol prélevés dans le désert d'Atacama ont effectivement déclenché des réactions similaires à celles qui se sont déroulées sur Mars.

L'histoire aurait pu s'arrêter là, si les scientifiques n'étaient pas attirés comme un aimant par les données transmises voila 30 ans par les laboratoires biologiques des atterrisseurs Viking. Car encore une fois, aussi étrange que cela puisse paraître au 21ème siècle, Viking reste la seule tentative réelle de l'homme pour détecter de la vie sur les autres planètes du système solaire (si l'on exclu la sonde européenne Beagle 2 qui s'est écrasée sur Mars en 2003).

En 2000, Joseph Miller, un biologiste spécialiste des rythmes circadiens (terme désignant des phénomènes biologiques qui se répètent sur Terre chaque 24 heures) décide de fouiller dans les données Viking pour y déceler une éventuelle périodicité. Et effectivement, Miller ne tarde pas à découvrir des oscillations correspondant à la durée du jour martien (celui-ci dure 40 minutes de plus qu'une journée terrestre) dans les 12000 mesures fournies par l'instrument Labeled Release. Une preuve indiscutable de la présence de microbes martiens dans la chambre de culture ? Hélas non, car d'autres paramètres auraient pu causer ces fluctuations dans les données, comme par exemple la température.

Aujourd'hui, c'est au tour de deux scientifiques, Dirk Schulze-Makuch et Joop Houtkooper de faire à nouveau parler les données obtenues par les atterrisseurs Viking en 1976. Pour la NASA, l'un des principaux responsables de l'activité chimique "agressive" du sol martien est une petite molécule baptisée peroxyde d'hydrogène, mais plus connue sous le nom d'eau oxygénée. De formule H2O2, cette molécule est très utilisée sur Terre, que ce soit pour décolorer des cheveux, nettoyer des plaies (grâce à son pouvoir oxydant, c'est un antiseptique puissant) ou alimenter le moteur des fusées. Le peroxyde d'hydrogène intervient également dans le métabolisme cellulaire. Ainsi, certaines cellules le rejettent en tant que déchet. Etant donnée que l'eau oxygénée est un poison violent pour la vie, les cellules qui en produisent ont du mettre au point des mécanismes efficaces pour le décomposer.

La vie martienne n'a cependant aucune obligation de ressembler à la vie terrestre, et pour Dirk Schulze-Makuch et Joop Houtkooper, il est tout à fait possible que le peroxyde d'hydrogène soit un allié de taille pour d'éventuels microorganismes martiens. Selon eux, les cellules martiennes pourraient contenir de petites quantités d'eau oxygénée dans leur cytoplasme, ce qui leur conférerait plusieurs avantages. Premièrement, le point de congélation du peroxyde d'hydrogène étant beaucoup plus bas que celui de l'eau, le contenu cellulaire pourrait rester liquide malgré les basses températures (-53°C en moyenne) qui règnent sur Mars. Et quand bien même les températures dépasseraient le point de congélation, l'eau oxygénée ne forme pas de cristaux risquant de déchirer les fragiles cellules, comme c'est le cas avec de l'eau. Enfin, le peroxyde d'hydrogène est hydroscopique, c'est à dire qu'il possède la capacité d'attirer l'eau, un avantage de taille pour des organismes vivants sur une planète aussi aride que Mars. Bien entendu, l'eau oxygénée conserve ses propriétés oxydantes et destructrices sur Mars, mais pour Schulze-Makuch et Houtkooper, il est tout à fait possible que les microorganismes martiens aient appris à neutraliser ses effets délétères, à l'image des cellules terrestres qui possèdent la capacité de le décomposer si nécessaire.

Selon Schulze-Makuch et Houtkooper, l'existence de microorganismes martiens utilisant le peroxyde d'hydrogène permettrait d'élucider les nombreux paradoxes des expériences biologiques menées par les sondes Viking. Concernant l'absence de matière organique, leur hypothèse est simple, quand on la compare à celle de la NASA. Pour l'agence spatiale américaine, le sol martien est très riche en composés oxydants tels que le peroxyde d'hydrogène (un point qui n'a cependant jamais été vérifié par aucune sonde martienne). Cette molécule, en détruisant la matière organique non biologique classiquement apportée depuis l'espace par les météorites et comètes, expliquerait le fait que l'instrument GC-MS n'ait pas trouvé de traces de molécules carbonées dans le sol martien. Pour Schulze-Makuch et Houtkooper, le peroxyde d'hydrogène est aussi le responsable de l'absence de matière organique, mais ce dernier, au lieu d'être présent naturellement dans le sol, est libéré à la mort des cellules martiennes.

Quant aux réactions observées au niveau du laboratoire biologique Viking, elles seraient dues en partie aux microorganismes eux-mêmes. Schulze-Makuch et Houtkooper font cependant une remarque intéressante : ils estiment que les conditions de certaines chambres de culture n'étaient absolument pas propices à la survie des microorganismes martiens "peroxydés", et que ces derniers, au lieu de rencontrer des conditions favorisant leur développement, aient en fait été exterminés. Les deux scientifiques estiment ainsi que les cellules auraient pu littéralement exploser au contact d'une trop grande quantité d'eau, sans pour autant donner de précision quant au mécanisme impliqué. Il semble plus vraisemblable de considérer que des cellules parvenues en fin de vie aient libéré dans le milieu extérieur du peroxyde d'hydrogène, qui a ainsi pu participer à la décomposition du bouillon de culture, et donc aux étranges réactions observées dans les chambres de culture.

Que faut-il penser de l'hypothèse de Schulze-Makuch et Houtkooper ? Comme bien d'autres hypothèses concernant les expériences de recherche de vie menées par les sondes Viking, elle est à prendre avec des pincettes. Nous ne connaissons sur Terre aucune forme de vie utilisant le peroxyde d'hydrogène comme antigel. De plus, aucune donnée fournie par les instruments Viking ne prouve que les réactions observées aient été produites par des microorganismes vivants. Selon la théorie du rasoir d'Ockham, l'hypothèse la plus simple est souvent la meilleure. Dans le cas des sondes Viking, il semble plus raisonnable de privilégier l'hypothèse d'un sol martien oxydant, plutôt que de faire intervenir d'hypothétiques microorganismes au métabolisme exotique.

La vérité, c'est que personne aujourd'hui ne sait précisément ce qui s'est déroulé dans les chambres de culture des atterrisseurs Viking. Aucun instrument dédié à la détection du peroxyde d'hydrogène, qui est, comme nous l'avons vu, le coupable idéal pour la NASA (ainsi que l'élément clé de l'hypothèse Schulze-Makuch/Houtkooper) n'a jamais été envoyé sur Mars. En d'autres termes, nous ne savons avec une absolue certitude si le sol martien est oxydant, et si son pouvoir oxydant est suffisant pour expliquer les données envoyées par Viking.

Les sondes Viking vont donc continuer à faire parler d'elles, et il ne fait aucun doute que de nouvelles hypothèses verront le jour, suite à une nouvelle trituration des données Viking, ou à la découverte de microorganismes terrestres possédant des caractéristiques pouvant d'un point de vue théorique favoriser leur survie dans l'environnement martien. Mais avant qu'une agence spatiale ne se décide à reproduire et améliorer, avec des instruments plus sophistiqués que ceux disponibles en 1976 et les connaissances acquises depuis 30 ans en microbiologie, les expériences Viking, la signification des données transmises par ces deux atterrisseurs demeurera une parfaite inconnue.

 

Mars Express

Mars au radar
[4 janvier - 17:00] :
L'arrivée d'une nouvelle sonde en orbite martienne est toujours un moment exaltant, porteur d'espoir pour l'avenir. Chaque sonde emporte effectivement avec elle des instruments plus puissants et sophistiqués que les sondes précédentes : caméra capable de fournir des images couleurs, là ou l'ancienne génération ne pouvait fournir que des images noir & blanc. Spectromètre infrarouge possédant une résolution spatiale dix fois supérieur par rapport aux anciens modèles. Chaque nouvelle version d'un instrument offre potentiellement la possibilité quelques-uns des nombreux mystères que recèlent la planète rouge. Mais il y a encore plus excitant que l'envoi vers Mars d'une caméra ou d'un spectromètre améliorée : l'envoi d'un instrument jamais encore utilisé jusqu'ici.

Il n'y a qu'à regarder les fantastiques relevés topographiques effectués par l'altimètre laser de Mars Global Surveyor pour comprendre qu'un nouvel instrument a la capacité à lui seul de changer notre vision de Mars. Un seul regard sur un globe topographique martien créé d'après les données de l'altimètre MOLA suffit pour saisir la réalité géologique de la planète Mars : la frontière qui sépare l'hémisphère nord de l'hémisphère sud et qui coupe la planète en deux comme une orange, les innombrables cratères d'impact qui ponctuent sa surface, traces d'acnés d'une jeunesse tumultueuse, des volcans aussi immenses qu'improbables, la cicatrice spectaculaire de Valles Marineris qui déchire la croûte martienne en deux sur des kilomètres de profondeurs, et des vallées sinueuses qui ravagent la surface et qui semblent avoir été creusées par des inondations bibliques.

Parmi les instruments les plus "novateurs" récemment embarqués sur des sondes martiennes, le radar occupe une place de choix. Deux sondes, actuellement en orbite autour de la planète Mars, disposent de ce instrument : la sonde européenne Mars Express et la sonde américaine Mars Reconnaissance Orbiter. Baptisé MARSIS, le radar de Mars Express a déjà fait couler beaucoup d'encre. Capable de sonder le sous-sol martien sur une profondeur de 5 kilomètres, cet instrument a très tôt été présenté comme la baguette de sourcier qui manquait aux scientifiques pour trouver le saint graal de l'exploration martienne : les vastes réserves d'eau liquide ou de glace qui, pense-t-on, dorment dans l'obscurité de la croûte martienne.

Hélas, comme c'est souvent le cas en Science, les géologues ont été confronté à l'inattendu. Si MARSIS a d'ores et déjà fourni des résultats, ce ne sont pas ceux qui étaient attendus. Après un déploiement particulièrement capricieux, les antennes du radar de Mars Express n'ont pas encore permis de détecter les supposées réserves d'or blanc de la planète rouge. Certes l'instrument fonctionne, et c'est déjà une bonne chose. Certains scientifiques mettaient effectivement en doute son utilité réelle : les oxydes de fer, qui donnent à Mars sa couleur caractéristique et qui abondent dans le sol martien, ont effectivement été présentés comme étant capables de parasiter les signaux radios. Mais après sa mise en activité début juillet 2005, qu'à donc vu le radar de Mars Express ?

De la glace souterraine diront les optimistes ! Celle de la calotte polaire, répliqueront les rabats joies ! Les deux auraient raison. Le radar MARSIS de Mars Express est bel et bien capable d'imager des couches de glace, comme le montre ce radargramme (l'un des rares publiés sur Internet) des dépôts stratifiés entourant le pôle nord de la planète. Le profil montre deux échos très forts (lignes blanches), l'un correspondant à la surface, l'autre à l'interface séparant les dépôts stratifiés d'une couche de régolite basaltique. D'après leurs propriétés électriques étudiées par le radar, les dépôts stratifiés seraient très riches en glace, ce qui n'est pas vraiment une surprise. Si l'image est instructive et esthétique, elle ne révolutionne pas la science martienne. D'autres coupes radar ont bien sur été acquises par le radar. L'une montre un bassin d'impact de 250 kilomètres de diamètre, enterré sous la région de Chryse Planitia (hémisphère nord). L'image montre un ensemble d'arcs paraboliques, qui pourraient correspondre à une structure en anneau, typique de celle que l'on trouve sur les bords de très larges cratères d'impact (bassins d'impact). On distingue également une ligne horizontale de 160 kilomètres de longueur ayant fortement réfléchi les signaux radios. Ces réflecteurs correspondraient au fond du bassin d'impact, situé entre 1,5 et 2,5 kilomètres de profondeur. Le radar détectant des interfaces séparant deux matériaux présentant des propriétés physiques différentes, cet écho prouve que le plancher (rocheux) du bassin est surmonté d'un matériau différent, peut-être de la glace. Le cratère d'impact pourrait donc être rempli, au moins partiellement, par une langue épaisse de glace d'eau. Une hypothèse qui ne fait malheureusement pas l'unanimité parmi les spécialistes (il pourrait effectivement s'agir d'un artefact, c'est à dire d'un écho semblant émaner du sous-sol, mais provenant en fait de la surface). Dans l'article paru dans la revue Science le 30 novembre 2005, les responsables de MARSIS indiquaient déjà que la détection d'un vaste cratère d'impact enterré sous des roches suggérait fortement la capacité du radar à mettre à jour des cratères d'impact camouflés sous la surface de Mars, ce qui pourrait conduire à une ré-evaluation de la chronologie de la formation et de l'évolution de la croûte martienne. Une année plus tard, la fiction devient réalité ...

Jusqu'à présent, la plus belle réussite de MARSIS ne concerne pas la problématique de l'eau, mais bel et bien un autre grand mystère de la planète rouge : celui de la dissemblance stupéfiante existant entre l'hémisphère sud, haut perché et très ancien, et l'hémisphère nord, plus jeune et plus bas. Grêlés par des milliers de cratères d'impact qui attestent de son grand âge, l'hémisphère sud contraste de manière frappante avec l'hémisphère nord, à la surface lisse, très lisse. Tellement lisse, d'ailleurs, que cela semble suspect. En sondant la croûte de l'hémisphère nord, le radar de Mars Express a effectivement découvert ... des cratères d'impacts ! Enfouis sous des tonnes de sédiments, ces derniers sont pratiquement invisibles depuis la surface, mais laissent des signatures particulièrement nettes sur les coupes radar. Une douzaine de bassins d'impact (de 130 kilomètres à 470 kilomètres de diamètre) ont ainsi été mis en évidence. Même si ces résultats ont été présentés dans la prestigieuse revue Nature, ils ne constituent pas vraiment une découverte. L'existence de cratères d'impact fantômes au niveau de l'hémisphère nord avait déjà été suspecté lors de l'analyse des données altimétriques fournies par l'altimètre laser de Mars Global Surveyor. Capable de mesurer des reliefs avec une précision étonnante (quelques dizaines de centimètre), l'altimètre MOLA avait effectivement permis la mise en évidence de dépressions quasi-circulaires, témoignage topographique de l'existence, dans le sous-sol, de cratères d'impact comblés par le dépôt de roches.

D'après les données de MARSIS, il semble donc que l'hémisphère nord de Mars soit aussi vieux que son homologue austral. Il daterait du noachien (4,5 milliards d'années à 4 milliard d'années), l'époque la plus ancienne de l'histoire géologique martienne. De quoi remettre sérieusement en question toutes les hypothèses sur l'origine et la signification de la fameuse dichotomie martienne. Cette découverte pose également de nouvelles questions ? Quelle est la nature des roches qui recouvrent les vieux cratères ? Coulées de lave ? Dépôts de cendres volcaniques ou de poussières ? Sédiments drainés par les inondations cataclysmiques supposées être à l'origine des chenaux d'écoulements ou accumulés au fond d'un ancien océan boréal ? Pourquoi seul l'hémisphère nord a-t-il été enseveli ? Cette ensevelissement est-il responsable de l'affaissement de l'hémisphère nord ? Ou ce dernier existait-il déjà avant le bombardement météoritique ? Seul certitude, l'hypothèse selon la dichotomie aurait été créé par l'impact d'un immense astéroïde prend du plomb dans l'aile. Si un tel événement avait eu lieu, les anciennes cicatrices des cratères d'impact, mises à jour par le radar de Mars Express, auraient totalement disparues.

En mars 2006, un peu moins d'un an après son déploiement, le radar MARSIS a reçu de la visite d'un cousin, SHARAD. Conçu par la même équipé et embarqué sur la sonde Mars Reconnaissance Orbiter, ce radar est complémentaire de MARSIS. Si sa profondeur de pénétration n'est que de un kilomètre au maximum, SHARAD possède une meilleure résolution, et offre donc des radargrammes plus détaillés que ceux de Mars Express. La preuve en images, avec de superbes profils de ... la calotte polaire nord, qui semble décidemment être la région rêvée pour tester les radars (et annoncer à mots couverts des "avancées" sur la problématique de l'eau martienne). La structure en mille-feuille des dépôts stratifiés entourant les pôles de Mars intéressant particulièrement les climatologues, car ils renferment un enregistrement des fluctuations climatiques récentes de la planète Mars. Jusqu'à présent, la structure du mille-feuille (constitué de couches plus ou moins fines de glace et de poussière) n'avait pu être étudié que là ou elle est exposée directement, le long de versants et de parois. Ce qui est visible sur les bords peut cependant être différent de ce qui se trouve à l'intérieur du mille-feuille, et grâce à ses capacités de pénétration, le radar SHARAD de Mars Reconnaissance Orbiter (et dans une moindre mesure, celui de Mars Express) va permettre de mieux caractériser les enregistrements climatiques que sont les dépôts stratifiés des régions polaires.

 

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