Archives des brèves martiennes

Année 2006

Joyeux Noël 2003 ! L'image de l'année 2006
[17 décembre 2006] : En parcourant les centaines d'images renvoyées cette année par les nombreuses sondes en activité sur Mars, je me suis demandé quelle était la plus marquante. Je suis revenu sur les plus beaux clichés couleurs de Mars Express, j'ai observé à nouveau les images de Mars Global Surveyor
ayant donné lieu à des découvertes (ou, c'est encore plus souvent le cas, à de nouvelles interrogations !), je me suis replongé dans les somptueux panoramas ramenés par les deux rovers Spirit et Opportunity. Et puis je suis tombé sur cette image acquise par la sonde Mars Reconnaissance Orbiter, et j'ai su que ma recherche venait de s'achever.

C'est une vignette, pixellisée et grisâtre. Une image montrant un cratère d'impact anonyme, de 22 mètres de diamètre et de 3 mètres de profondeur, perdu dans les immenses plaines de la région de Terra Meridiani. Un cratère comme il en existe des milliers d'autres sur Mars. Sauf que celui-ci a reçu en janvier 2004 la visite impromptue d'un robot, Opportunity. Si ce dernier est aujourd'hui à des kilomètres de son site d'atterrissage, il a laissé derrière lui sa plateforme d'amarsissage. C'est cette plateforme que l'on aperçoit parfaitement au centre du cratère (comparez l'image de la plateforme vue depuis l'orbite par Mars Reconnaissance Orbiter à environ 250 kilomètres d'altitude et l'image vue depuis la surface par Opportunity).

A chaque fois que l'homme a le privilège de découvrir pour la première fois une nouvelle parcelle de Mars, une partie de lui est portée par l'espoir d'y déceler des traces de vie. Ne serait-il pas enthousiasmant d'identifier ici des traces fossiles d'une vie bactérienne ? Ne serait-il pas extraordinaire d'apercevoir là bas les vestiges de la présence d'organismes évolués, comme une fougère, une libellule ou un cachalot martien ? Ne serait-il pas merveilleux de discerner, émergeant des sables, les ruines d'un temple antique, ou la carcasse poussiéreuse d'un vaisseau spatial ?

Bien entendu, rien de tout cela n'existe à la surface de Mars. Rien, à l'exception du vaisseau. Car l'image de Mars Reconnaissance Orbiter nous montre précisément cela : un vaisseau spatial abandonné sur la planète rouge, gisant à l'abri des vents au beau milieu d'un cratère d'impact. Les images de vaisseaux spatiaux terrestres photographiées par d'autres vaisseaux spatiaux terrestres comptent parmi les témoignages les plus émouvants de la conquête spatiale. Le vertige qu'inspirent ces images n'est peut-être dépassé en intensité que par les photographies de notre propre planète, prises par ces mêmes sondes.

Mars Reconnaissance Orbiter peut véritablement être qualifiée de satellite espion martien. Équipée d'une caméra surpuissante (HiRise), capable d'atteindre une résolution de 30 centimètres par pixel environ, cette sonde est capable de produire des images à haute résolution et en couleurs tout bonnement stupéfiantes. Si cette caméra va vraisemblablement contribuer de manière significative à la compréhension de la planète Mars, elle va également nous permettre de revoir enfin les émissaires robotiques que l'Homme a envoyé sur la planète rouge depuis les débuts de la conquête spatiale. Mars Reconnaissance Orbiter a ainsi déjà imagé les deux robots Spirit et Opportunity (observé ici sur les bords du cratère Victoria, attention l'image est superbe mais très lourde), ainsi que les deux atterrisseurs Viking (Viking I et Viking II), qui prennent la poussière sur Mars depuis maintenant ... 30 ans. Nul doute que dans le futur, cette sonde nous montrera l'envers du décor d'un atterrissage sur la planète rouge, et parviendra à imager les carcasses métalliques tordues d'un Beagle 2 ou d'un Mars Polar Lander.

L'image de la plateforme d'atterrissage d'Opportunity reposant au fond du petit cratère Eagle célèbre d'abord un accomplissement scientifique. Contrairement à son frère jumeau Spirit, largué vers un site d'atterrissage choisi uniquement d'après des critères morphologiques, Opportunity a été envoyé sur Terra Meridiani sur la base d'indices minéralogiques. Dans ce secteur, la sonde Mars Global Surveyor avait effectivement détecté des traces d'hématite, un oxyde de fer, qui, sur Terre, se dépose souvent en présence d'eau. Opportunity n'a eu qu'à observer les parois du cratère qui l'a accueilli pour confirmer presque immédiatement cette hypothèse. Au contraire, aux antipodes de Mars, le rover Spirit tente encore aujourd'hui inlassablement (certains diraient désespérément) de trouver autre chose que des roches volcaniques basaltiques.

Si l'image d'Opportunity peut donc être vue comme un hommage scientifique, elle représente selon moi d'abord et avant tout un triomphe de la technologie. Effectivement, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, les missions robotiques d'exploration du système solaire sont surtout des chefs d'oeuvres d'ingénierie, devant lesquels les résultats scientifiques font souvent pâle figure. Certes, les retombées sont parfois là, comme l'illustre avec brio l'exemple d'Opportunity. Mais bien souvent, les données scientifiques collectées sont décevantes, quand elles sont comparées aux talents déployés par les ingénieurs pour concevoir une sonde spatiale fonctionnelle, et aux attentes, souvent débridées, des scientifiques.

Ainsi, personne ne contestera le fait que l'atterrissage de la sonde Huygens sur Titan le 14 janvier 2005 constitue un exploit spectaculaire pour l'Europe spatiale. Titan était une cible de choix pour les exobiologistes, qui estiment que cette lune de Saturne est peut-être similaire à notre planète, du moins telle qu'elle était il y a 4 milliards d'années. Cette époque lointaine et reculée pourrait correspondre au moment ou les premières cellules vivantes sont apparues sur Terre. En étant capable d'étudier de près la chimie de Titan, les exobiologistes ne cachaient pas leur espoir de comprendre enfin quelles réactions chimiques avaient pu présider à la fabrication des premières biomolécules sur Terre. Pourtant, malgré un atterrissage impeccable de Huygens à la surface de Titan, les exobiologistes spécialisés en chimie prébiotique n'ont pas avancé d'un pouce.

Autre exemple de l'abîme qui peut exister entre l'exploit technologique et l'avancée scientifique, la sonde Stardust. Lancée le 7 février 1999, cette sonde spatiale est parvenue, grâce à des collecteurs remplis d'aérogel, à recueillir des particules de poussière s'échappant de la comète Wild 2. Après 7 années dans l'espace, Stardust a délivré avec succès son précieux chargement aux scientifiques, en larguant une capsule dans le désert de l'Utah. Sur le site officiel de la NASA, ainsi que dans la presse, Stardust est invariablement présentée comme une mission destinée à dévoiler l'origine du système solaire. Pourtant, quand on regarde les résultats de l'analyse des grains cométaires piégés dans l'aérogel, force est de reconnaître que ces derniers sont décevants. Décevant parce que l'aérogel a été contaminé lors de sa fabrication sur Terre (avant le départ de la sonde), et qu'il ne possède pas la pureté à laquelle il était en droit de prétendre. Décevant également, parce qu'il n'est pas possible de savoir avec une certitude absolue si les grains recueillis proviennent de la comète ou de l'espace interstellaire. Décevant enfin, parce que chaque grain semble différent des autres. Comment, dans ces conditions, connaître ceux qui sont vraiment représentatifs de la comète ? Faut-il faire la moyenne ? Ou considérer que la comète est incroyablement hétérogène à l'échelle du grain ? Et que nous ont appris pour l'instant les analyses de ces particules ? Que la comète contient des minéraux tels que des pyroxènes et des olivines, qu'un brassage a eu lieu dans le disque d'accrétion ayant donné naissance au système solaire et que Wild 2 renferme de la matière organique primitive. En résumé, uniquement des confirmations d'informations connues depuis belle lurette par les astronomes. Bien entendu, les analyses viennent de commencer, et des découvertes majeures se cachent peut-être dans les grains collectés avec succès par Stardust. Mais n'en déplaise à certains, cette mission ne pourra pas à elle seul résoudre les mystères de la formation du système solaire. Pourtant c'est souvent de cette manière qu'elle est présentée.

Dans l'exploration du système solaire, la science peine donc souvent à rattraper les exploits technologiques des ingénieurs. C'est peut-être pour combler ce retard que nous sommes si prompt à spéculer.

Dès sa création il y a maintenant 9 ans, et malgré une absence de mises à jour depuis environ un an, il y a un dossier de ce site qui n'a cessé de battre des records en termes de consultation. Avez-vous deviné de quel dossier je parle ? Celui consacré au visage de Mars. Quel rapport peut-il bien y avoir entre l'image de la plateforme d'Opportunity dans son cratère et le visage de Mars ? Il y en a bel et bien un, et il est particulièrement éloquent.

Depuis qu'un orbiteur Viking a photographié, il y a de cela 30 ans, une colline en forme de visage humain sur Mars, certains individus n'ont jamais cessé de croire à l'existence d'une ancienne civilisation sur la planète rouge. Pendant deux décennies, le visage a tenu occupé des centaines d'ufologues. Si ce dernier a aujourd'hui perdu de sa superbe (la faute aux caméras à haute résolution embarquées sur les sondes martiennes), certains n'ont pas abandonné leur quête, et continuent d'apercevoir sur Mars des formes étranges et mystérieuses, typiquement extraterrestres.

Ce que je trouve magique avec la plateforme d'Opportunity, c'est qu'elle est totalement artificielle, et qu'il est pourtant très difficile, voire impossible, de s'en rendre compte ! La plateforme des rovers n'a effectivement pas grand chose de naturelle quand elle est observée depuis le sol, que ce soit sur Mars ou sur Terre : panneaux triangulaires métalliques, logos de la NASA et du JPL, le tout parcouru par des dizaines et des dizaines de câbles. Pourtant, rien de cette complexité n'apparaît réellement sur l'image de Mars Reconnaissance Orbiter. Car que voit-on vraiment ? Une petite tache claire au milieu du cratère, le bord gauche étant légèrement brillant. Certes, l'objet semble être étranger au cratère, mais sans savoir que c'est une plateforme d'atterrissage sophistiquée ayant déposée un robot de 170 kg venu d'une autre planète, on pourrait tout à fait considérer qu'il s'agit d'un banc rocheux ayant résisté à l'érosion, et exposé en relief au centre du cratère. Malgré la résolution spatiale de la caméra HiRise et le fait que la plateforme ne soit pas encore ensevelie sous la poussière, on ne peut donc reconnaître avec certitude sa nature artificielle. Une belle leçon d'humilité et de prudence non ?

 

Mars 2020 : Springtime
[15 décembre - 14:30] : En surfant sur NasaWatch, je suis tombé sur cette petite vidéo, intitulée Mars 2020 : Springtime. Si vous vous intéressez au destin des sondes envoyées sur Mars, je vous la recommande chaudement. C'est bourré d'humour, plein d'imagination, et réalisé avec un certain soucis du détail. Les connaisseurs pourront effectivement identifier sans trop de difficultés plusieurs modèles de sondes américaines ou russes. Ma préférée reste la sonde qui se crashe à la surface de Mars, et qui une fois au sol, ouvre son parachute ! Seul regret, c'est court, beaucoup trop court :)

 

Les larmes de Mars
[12 décembre - 17:40] : Même si elle a disparu des écrans de contrôle de la NASA début novembre après 9 années de bons et loyaux services, la sonde Mars Global Surveyor continue de faire parler d'elle. Une équipe de scientifiques vient effectivement de publier dans la revue Science des images étonnantes prises par cet orbiteur, et montrant des traces d'écoulements sur les parois de deux cratères d'impact situés dans l'hémisphère sud de Mars.

En 2000, Mars Global Surveyor avait mis en évidence des centaines de ravines sur les parois de nombreux cratères d'impact et autres reliefs, une découverte qui a depuis fait couler énormément d'encre. De nombreux mécanismes ont été évoqués au fil des ans pour expliquer l'origine de ces signes d'écoulements, le plus fascinant étant sans aucun doute des décharges brutales d'eau liquide provenant du sous-sol.

L'existence sur la planète rouge de torrents dévalant les versants d'une vallée ou les parois rocheuses d'un cratère d'impact est un paradoxe en soi. Effectivement, étant donné les températures et la pression atmosphérique régnant sur Mars, la présence d'eau liquide à la surface de cette planète est une impossibilité physique, cette dernière ne pouvant exister que sous forme solide (glace) ou gazeuse (vapeur d'eau). Reste que l'idée audacieuse selon laquelle les ravines qui zèbrent les parois de nombreux cratères d'impact ou les flancs de vallées martiennes sont dues à l'écoulement d'eau liquide a fait son chemin dans la communauté scientifique. Une façon d'expliquer la présence, même éphémère, d'eau liquide en surface est de considérer que cette dernière est très riche en sels, ce qui abaisserait fortement son point de congélation.

Pourtant, les planétologues ne disposent d'aucune preuve formelle permettant de relier les rigoles observées par Mars Global Surveyor à des écoulements d'eau liquide. Pour résoudre le mystère des ravines martiennes, le moyen le plus efficace à leur disposition consiste à ordonner aux sondes martiennes de survoler à intervalle régulier les régions les plus prometteuses, avec l'espoir d'observer un changement récent, voire de prendre sur le fait un torrent en plein activité !

En 2002, la comparaison de deux images avait déjà permis de découvrir l'apparition d'une ravine à la surface de Mars. Cependant, cette dernière s'était formée sur la pente d'une dune de sable, et l'hypothèse la plus raisonnable a été de considérer que la rigole avait été creusée par une avalanche sableuse, et non par des flots d'eau bondissants.

Contrairement à l'exemple précédent attestant de la formation de nouvelles ravines, les images publiées dans la revue Science documentent cette fois-ci un changement d'aspect de ravines préexistantes. En d'autres termes, les clichés témoignent du "réveil" de deux anciennes ravines. La première est située sur les parois d'un cratère dans la région de Centauri Montes, et le changement d'aspect est apparu lors de la comparaison de deux images, prises respectivement en août 1999 et en février 2004. La seconde ravine sillonne la pente d'un cratère dans le secteur de Terra Sirenum. Là aussi, si l'on se réfère aux images, quelque chose a manifestement eu lieu entre décembre 2001 et avril 2005.

Lorsque l'on joue au jeu des sept différences avec les images acquises par Mars Global Surveyor, la première chose qui frappe le regard est un changement manifeste de couleur (d'albédo, diraient les spécialistes). Dans les deux cas, un dépôt clair est apparu sur le flanc des cratères. Les formations présentent également le même aspect : elles naissent toutes les deux à un point précis de la paroi, et dévalent la pente du cratère (dont l'inclinaison est de 20 à 30°) sur plusieurs centaines de mètres en suivant le lit d'une ancienne ravine, avant d'aller mourir au fond du cratère, en formant des lobes qui ressemblent aux doigts d'une main (terminaison digitée).

Pour les planétologues, au vu de leur morphologie, ces ravines semblent s'être formées par l'écoulement d'un fluide présentant des propriétés physiques similaires à celle de l'eau, et chargé d'une petite quantité de sédiments. Il faut donc envisager l'existence, dans le sous sol de Mars, d'un aquifère : parfois, sous la pression, un filet d'eau liquide monte vers la surface et jailli du flanc d'un cratère d'impact. A peine en contact avec l'atmosphère martienne, l'eau commence à geler et à se vaporiser, mais le débit est tel qu'elle reste liquide assez longtemps pour dévaler la pente du cratère en charriant avec elle des débris rocheux et de la poussière. Fort de son pouvoir érosif, l'eau fini par creuser une rigole, qui demeurera bien vite la seule trace visible de son passage.

Difficile de savoir avec certitude à quoi correspond la couleur blanche des dépôts, mais une hypothèse raisonnable est de considérer qu'il s'agit d'une couche très superficielle de givre. Rapidement et inéluctablement, le givre s'évapore dans l'atmosphère martienne, mais il se reforme également continuellement à partir de la glace sous-jacente, formée par congélation de l'eau ayant creusé la ravine, et protégée par les sédiments auxquels elle est mélangée. Un observateur, situé à la surface de Mars, serait peut-être intrigué par la fumée blanche s'échappant des pentes d'un cratère d'impact. Après s'être approché, il découvrirait qu'un nuage très ténu de vapeur d'eau se forme à un endroit très précis de la pente, en marquant l'emplacement d'une rigole. Parvenu à proximité, il découvrirait une fine pellicule de givre en train de se sublimer dans la froideur de l'air martien. En creusant avec son gant, il finirait par mettre à jour une langue de glace, enterrée sous une croûte de givre et de sédiments.

Si l'hypothèse de l'eau liquide est alléchante, il en existe cependant d'autres, tout aussi probables. Ainsi, il est également possible que le dépôt blanc visible sur les clichés de Mars Global Surveyor soit formé de sels. Effectivement, comme nous l'avons indiqué plus haut, une eau riche en sels (saumure) possède une température de congélation particulièrement basse, ce qui lui permettrait de rester liquide malgré le froid et les faibles pressions régnant à la surface de Mars. Une fois totalement évaporé, le torrent laisse derrière lui une croûte salée, qui brille au soleil et qui par conséquent se détache particulièrement bien des parois du cratère.

Malgré leur aspect intriguant, les formations découvertes par Mars Global Surveyor ne sont en aucun cas une preuve formelle de l'écoulement récent d'eau liquide à la surface de Mars. Certaines planétologues expliquent effectivement l'apparition des ravines par des mécanismes ou l'eau liquide ne joue aucun rôle : avalanche de sédiments (débris de roches, sable, poussière) ou décharge de dioxyde de carbone. Certes, si l'on observe les endroits de la surface martienne qui ont été récemment perturbés, depuis les fines arabesques dessinées par les tourbillons de poussière (dust devils) jusqu'aux ornières creusées par les deux robots Spirit et Opportunity, en passant par les cratères d'impact récents, force est de constater que les traces laissées par la nature ou l'homme sont sombres. Si les ravines étaient le résultat d'une avalanche de sédiments, elles devraient logiquement laisser des traînées sombres sur les parois des cratères. Cependant, rien n'empêche d'imaginer qu'un sédiment très clair et parfaitement sec a été mobilisé sur les parois des deux cratères d'impact, en laissant donc des marques non pas sombres mais claires.

Le principal problème posé par les images de Mars Global Surveyor dont il est question ici vient du fait que leur interprétation est uniquement basée sur des arguments morphologiques. Effectivement, en planétologie, la plupart des images sont analysées par comparaison avec des images terrestres, montrant des structures similaires dont l'origine est connue. Or cette approche peut se révéler très hasardeuse, comme l'a prouvé récemment la mésaventure du rover Spirit. Ce dernier a effectivement été envoyé dans un vaste cratère d'impact où débouche ce qui semble être l'ancien lit d'un fleuve. Sur la base de cette interprétation, de nombreux scientifiques ont estimé que ce cratère, dénommé Gusev, avait été dans un lointain passé un immense lac. Malheureusement, en dépit d'impressionnants efforts et de nombreux kilomètres parcourus, Spirit n'a jamais trouvé le moindre sédiment lacustre dans le cratère Gusev, mais uniquement des roches volcaniques plus ou moins altérées, identiques à celles que l'on trouve un peu partout sur Mars.

Si son frère jumeau, Opportunity, a eu beaucoup plus de chance, scientifiquement parlant, c'est en partie parce que son site d'atterrissage n'a pas été sélectionné sur des critères morphologiques, mais sur des considérations minéralogiques. Effectivement, Opportunity a été envoyé dans une région ou la sonde Mars Global Surveyor avait détecté de l'hématite. Sur Terre, ce minéral se dépose souvent en présence d'eau, et même si ce qui est valable sur Terre ne l'est pas forcément sur Mars, Opportunity a touché le jackpot immédiatement après son atterrissage.

Vous l'avez compris, en l'absence de données spectrométriques permettant d'établir la présence de glace ou de sels minéraux au niveau des ravines, il est particulièrement difficile de statuer sur l'origine des dépôts brillants observés par Mars Global Surveyor.

Malheureusement pour les personnes avides de réponse, les deux spectromètres infrarouges actuellement embarqués sur les sondes Mars Express (Omega) et Mars Reconnaissance Orbiter (CRISM) n'ont pas la résolution spatiale suffisante pour imager précisément les ravines de Mars Global Surveyor. La résolution des images acquises par cet orbiteur est de 1,5 mètres par pixel, à comparer à la résolution spatiale de CRISM (30 mètres par pixel), elle-même dix fois supérieure à celle d'Omega (300 mètres par pixel dans le meilleur des cas). Cela signifie que malgré sa puissance, le spectromètre de CRISM ne pourra pas déterminer la minéralogie d'une ravine donnée. Tout au plus pourra-t-il imager une portion de la paroi du cratère d'impact comportant la ravine récente et comparer la minéralogie de ce secteur avec une autre région du même cratère d'impact très éloignée de la ravine en question. Si l'instrument possède une sensibilité suffisante, il sera peut-être alors possible d'observer une légère différence dans la teneur en glace ou en sels entre les deux secteurs, différence qui pourra être mise sur le compte de la ravine récente.

Une autre observation très importante, permettant de confirmer l'origine des ravines, serait de localiser, grâce aux deux radars embarqués sur les sondes Mars Express (MARSIS) et Mars Reconnaissance Orbiter (SHARAD), la présence d'un réservoir de glace ou mieux d'eau liquide sous les cratères d'impact. Cependant, le radar de sondage de Mars Express n'a pour l'instant détecté de la glace souterraine de façon certaine que dans les régions situées à proximité de la calotte polaire, et aucune information n'a encore été publiée pour SHARAD.

En l'absence de données provenant des spectromètres et des radars, la prudence est de rigueur. Malgré le côté troublant et stimulant des images renvoyées par Mars Global Surveyor, rien ne permet donc d'affirmer qu'après plus de 4 milliards d'années, la planète rouge verse encore parfois des larmes ...

 

Météorites

Le retour de Nakhla
[2 mars - 18:00] :
En 1996, le monde scientifique était secoué par une révélation extraordinaire : la NASA avait détecté de traces de vie fossiles dans une météorite martienne échouée sur Terre, ALH84001 ! Hélas, ce premier contact avec une forme de vie extraterrestre moribonde a vite tourné à la déception : l'un après l'autre, les différents arguments avancés par l'équipe scientifique en charge de la découverte sont tombés, victime des contre analyses. Trois années plus tard, la même équipe, toujours convaincue de la véracité de ses travaux, affirmait pourtant avoir rencontré de nouvelles traces de vie, cette fois ci dans la météorite Nakhla.

Principale originalité de l'affaire ? L'âge de la météorite en question. Alors que ALH84001 est vraisemblablement âgée de quatre milliards d'années, Nakhla est beaucoup plus jeune, à peine 1,3 milliards d'années. Mieux encore : les minéraux argileux dans lesquels les soi disant traces fossiles ont été dénichées auraient seulement 700 millions d'années. Ainsi, non seulement la vie semblait être apparue sur Mars peu de temps après sa formation, mais elle semblait aussi avoir perdurée pendant une très longue période. Echaudés par l'affaire ALH84001, de nombreux scientifiques décidèrent d'ignorer Nahkla et ses hypothétiques microfossiles, tant les indices étaient maigres.

L'histoire est cependant un éternel recommencement, et en début de mois, Nahkla a de nouveau fait parler d'elle. En découpant dans la météorite des tranches suffisamment fines pour être observées au microscope, les scientifiques ont découverts d'étranges fissures remplies d'un matériau noir, semblable à un goudron, et que les spécialistes désignent sous le terme de kérogène. Pour les chercheurs à l'origine de cette découverte, il ne fait aucun doute que cette matière organique est d'origine martienne, et qu'elle ne provient pas d'une contamination terrestre. Si l'hypothèse d'une contamination peut effectivement être exclue, l'origine de ces kérogènes demeure inconnue, et contrairement à ce qu'indiquent les chercheurs, nous n'avons aucune certitude que ce matériau soit d'origine biologique.

Quand un être vivant se fossilise, il peut effectivement laisser derrière lui un résidu organique. Après transformation, sous la température et la pression, ce dernier prend l'aspect d'un goudron noir et collant, comme celui qui remplit les anfractuosités de Nahkla. Cependant, ces composés carbonés ne sont pas exclusivement formés par des êtres vivants. On en trouve par exemple en abondance dans certaines météorites riches en carbone provenant de la ceinture d'astéroïde, et personne n'affirme que cette dernière est peuplée par des milliards de bactéries ! On connaît également sur Terre des milieux ou les kérogènes peuvent se former, sans aucune intervention d'êtres vivants.

Certes, au microscope, les petites veinules noirâtres qui zèbrent Nahkla ressemblent effectivement aux traces que laissent derrière elles certaines bactéries mangeuses de roches, capables de creuser des tunnels microscopiques dans des laves volcaniques qui tapissent le fond des océans. Mais l'argument est bien trop mince, et les recherches bien trop préliminaires, pour affirmer avec une once de certitude que Nahkla contient peut-être des traces organiques suggérant une vie martienne.

 

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